E n t r e t i e n

 

                                                                “L’important c’est le regard”

                                                                           A b u D h a b i W e e k - A v r i l 2 0 1 3


 



 

Comment êtes-vous devenu photographe ? La photo a-t-elle toujours été une de vos passions ?

Cela s’est fait naturellement. J’avais cette idée en tête depuis longtemps et puis, il y a sept ans, j’ai décidé de passer à l’acte et de consacrer une partie de ma vie à écrire et à voyager et je l’ai fait un appareil photo à la main. Au gré de ma route, la photographie a pris une place plus importante et mon appréhension, l’expérience du monde que je faisais pas à pas, s’est exprimée dans la littérature et la photographie. Elles incarnent, toutes deux, l’essence même de mes voyages.

En effet, la photographie me permet d’approfondir chacune de mes visions. En contemplant, un lien naturel apparaît entre ce que je vois et ce que j’écris.

Il est vrai que la photo est toujours demeurée comme une espèce d’horizon nécessaire. J’avais en tête des projets que je n’accomplissais pas, faute de temps et de liberté, jusqu’au jour.... Cependant, à chaque fois que je voulais “quitter le monde réel”, celui de tous les jours, je le faisais un appareil photo à la main. Et puis, comme je ne dessine pas, cela me permet de saisir ce que je perçois et de partager mes émotions, d’entrer aussi dans un art graphique où je me sens bien.



 

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos expositions au Moyen-Orient ?

Ces expositions sont le fruit de plusieurs voyages de durée variable dans différents pays du Moyen-Orient. Elles sont une opportunité d’exprimer ma fascination pour le monde arabo-musulman. J’espère qu’elles rendent bien compte de mon goût pour la lenteur et la contemplation comme de mon désir constant de dévoiler la relation qui existe entre les personnes et leur environnement. Les nuances de couleur, le jeu des matières, la lumière, la diversité des scènes et des portraits sont autant de manières d’exprimer ces multiples liens.


 

Pour vous, quel est le secret d’une bonne image ?

Savoir si une photo est bonne ou non est une question subjective, que cette photo soit ou non artistique. Pour moi, l’important est d’avoir un regard. Cela passe par un bon œil et un bon œil se nourrit de la relation entre le cœur, l’esprit et les tripes... Une bonne photo est très dépendante d’une certaine vision du monde et des gens. Je fais l’expérience des visages, des corps et de ce qui les entoure. C’est ce qu’une bonne photo doit savoir traduire. C’est une question de profondeur. Je la cherche toujours.


 

Quel genre de photos aimez-vous faire?

J’aime les choses simples du quotidien. Elles m’émeuvent principalement.

C’est d’abord ce que je recherche dans chacun de mes voyages, Je pense par exemple à l’image d’une paysanne dans sa petite cuisine, dans un cadre simple et humble, avec ses ustensiles très rudimentaires. Je pourrais dire que je suis, modestement, après la beauté cachée du monde, des visages que je croise et d’une certain élégance qui n’est pas toujours immédiatement repérable, loin bien sûr, de nos standards habituels.

En complément ou sur un mode très différent, je joue avec les matières et les couleurs et je peux faire une photo avec un vieux chiffon accroché à un mur. Ce “trois fois rien peut provoquer une très forte sensation. Ce sont ces choses-là qui pour moi, révèlent “l’espace intérieur du monde”. Par espace intérieur, j’entends la secrète beauté des lieux où je vagabonde, la poésie de ces rencontres et l’indicible vérité qui se dégage de cette humilité.

J’espère que mes expositions expriment tout cela.

Mes photographies sont toujours accompagnées de textes qui ne sont jamais des commentaires. Ils sont le défilé d’une autre perspective, complémentaire, comme l’irruption d’un imaginaire qui va bien au-delà des images.


 

Quelle est l’histoire que vous racontez à travers vos expositions ?

Encore une fois, je crois que c’est une sorte de vision du monde, une vision poétique et parfois métaphorique. Les paysages urbains, les manières de vivre ou les gens changent, leurs visages, leurs attitudes et leurs regards eux aussi se modifient. Je reviens donc à cet espace intérieur que je convoite et contemple.

Quant à mes expositions, elles en sont la partie émergée. Elles sont des itinéraires poétiques mis en textes et en images. J’espère ainsi partager les beautés entrevues et alors inviter le visiteur à imaginer ce que je vois entre ombre et lumière, entre la perception de la peine et les occurrences de la joie, comme une espèce de clair-obscur permanent, que j’aime retrouver dans les photos prises.


 

Y-a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter ?

Je voudrais insister sur le lien entre la photographie et la littérature et en particulier la poésie. C’est un lien personnel fondamental. Bien entendu, les images parlent d’elles-mêmes et pourraient se passer de textes, qu’il s’agisse d’un titre ou de quelques lignes.

Cependant les mots sont pour moi indispensables. Ils ont rythmé et continuent de rythmer ma vie. Ils précèdent toute expression visuelle et ensuite, très naturellement, l’accompagnent.

© Olivier Escarguel - Tous droit réservés

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